Vous ne le savez peut-être pas, mais je travaille dans un milieu hautement technologique, soit dans le monde évolutif de la téléphonie. Vous serez ainsi probablement surpris d’apprendre que j’ai la chance d’y côtoyer quotidiennement 2 beaux labradors noirs, Gustav et Victor, que j’appelle affectueusement : mes chiens de travail. Ceux-ci appartiennent aux propriétaires de l’entreprise qui possèdent aussi un Montagne des Pyrénées qui ne fréquente pas le bureau et demeure à la maison.

Je ne vous parlerai pas ici des bienfaits prouvés de la présence animale en milieu de travail. Je vous raconterai plutôt l’histoire de Victor.

Victor a 5 ans. Il est arrivé chez ses propriétaires à l’âge de 8 semaines, alors que Gustav, d’un an son aîné, s’y trouvait déjà. Il provenait du même élevage que Gustav, mais pas des mêmes parents.

Si Gustav avait un tempérament vif et enjoué, Victor était un peu plus calme, mais tout aussi joyeux. Tout comme son compagnon canin, Victor a été parfaitement socialisé. Il fréquente le bureau depuis son arrivée et a forcément été en contact avec des humains de toutes catégories.

Malgré le fait qu’il ait été légèrement blessé par une bête non identifiée alors qu’il était en liberté à la campagne et qu’il ait dû être gardé au repos plusieurs semaines à cause d’un autre incident à une patte, son comportement était tout à fait normal. Sa curiosité était habituelle et naturelle et il demeurait aussi confiant et sociable qu’avant les événements. Même, son retour de la Clinique vétérinaire après sa castration n’a été marqué d’aucun changement comportemental.

Et puis, un beau matin, alors que Victor avait environ 1 an, son comportement s’est subitement modifié. Alors qu’une toute jeune fille, nullement menaçante, était venue au bureau pour une entrevue, Victor a démontré pour la 1re fois de sa vie, des signes évidents de peur : un air de panique dans les yeux, la queue entre les jambes, il s’est enfui à vive allure dans le bureau de ma patronne, dans ce lieu qui allait dorénavant devenir son refuge.

Nous avons alors élaboré plusieurs théories sur sa réaction soudaine, certaines assez rigolotes même, allant jusqu’à mentionner l’aura négative de la jeune fille. Naturellement, le tout demeurait théorique puisque nous n’avions pas d’accès à sa « boîte noire » et aux véritables raisons de son comportement soudain.

Ce que nous avons cru être un événement unique est devenu le comportement régulier de Victor. Ainsi, à chaque fois où il rencontrait une personne inconnue, le même comportement de frayeur absolue se reproduisait et il prenait la fuite. Et ça ne l’a jamais quitté depuis. Bien sûr, ses propriétaires, par divers apprentissages, ont réussi à contrôler ses émois, mais sa peur est toujours présente. S’il est toujours aussi confiant et affectueux avec les humains qu’il connaît bien, il demeure toujours aussi craintif face à de nouveaux individus.

Parallèlement, une amie des propriétaires qui avait aussi acquis un chiot de la même portée que Victor rencontrait des problèmes semblables avec son chien.

Visites chez le vétérinaire-comportementaliste, prise de médication et mise en place de diverses thérapies ont permis à Victor d’être un peu plus en contrôle de lui-même, même si, comme je l’ai mentionné plus haut, sa phobie sociale est toujours présente. Victor est un chien peureux, nullement agressif, mais socialement peureux.

Au cours de tout ce processus thérapeutique, un appel logé chez l’éleveur a permis d’apprendre qu’on avait dû retirer le père de Victor de la reproduction pour cette raison…

La génétique et les gênes à expression différée

Même si nous savons que l’environnement dans lequel évolue le chien influence en grande partie ses comportements, ceux-ci sont quand même fortement influencés par sa génétique.

Dans le cas de Victor, on peut parler de gênes à expression différée, puisqu’ils n’étaient pas apparents dans les premières périodes de sa vie. À ce sujet, le Dr Joël Dehasse mentionne : « De nombreuses pathologies comportementales apparaissent autour de la puberté sous l’influence de gênes à expression différée : certains chiots très équilibrés changent complètement pour devenir craintifs, ou agressifs, ou produire des TOC au moment de la puberté; et cette prédisposition se retrouve dans des lignées spécifiques ».

D’ailleurs, selon Howel Book House, la prédisposition à avoir peur, à la crainte, aux phobies et aux crises de panique aurait une héritabilité d’environ 50 % .

Dr Dehasse, dans son volume Tout sur la psychologie du chien, affirme avoir « observé que certains chiots parfaitement équilibrés et imprégnés de façon optimale changeaient totalement de comportement à la puberté et développaient des phobies ou des agressivités. Quand on observe leurs ascendants (père, mère, grands-parents) et leur fratrie, on observe que plusieurs chiens présentent les mêmes problèmes. La génétique est à l’œuvre » .

Ainsi, à la période pubertaire, plusieurs troubles psychologiques peuvent apparaître sans qu’on puisse vraiment s’expliquer pourquoi et parfois, comme c’est le cas de Victor, la génétique en est la cause.

Dans le cas de Victor, il sera possible, par le biais de thérapie, d’améliorer sa condition, mais jamais jusqu’à son comportement confiant d’avant. Ses gênes l’en empêcheront.

Mais, Victor a la chance de vivre dans une famille qui respecte ses limites et qui s’applique maintenant à le garder dans un milieu où il se sent bien. Elle n’abandonne pas pour autant le travail à faire avec lui pour le rendre plus à l’aise dans diverses situations et lui ménage toujours un refuge où il peut fuir en cas de besoin. Et, parce que sa famille comprend mieux, elle peut l’aider davantage et l’aimer encore mieux.

Au moment d’envoyer ce texte pour publication, j’ai reçu un appel du compagnon-humain de Victor. Victime d’un cancer fulgurant, Victor a dépéri en quelques jours et vient d’être conduit chez le vétérinaire qui le mènera doucement à son dernier repos. Mon tit-bonhomme, comme j’aimais t’appeler, mes beaux yeux d’amour, ta souffrance est terminée. Aucun chien n’a peur au paradis des sans collier…je t’aime et je t’aimerai toujours…

Références :
Dehasse, Joël 2009. Tout sur la psychologie du chien, Éd. Odile-Jacob, page 52
Howel Book House. http://www.dogtron.com/book/continuing6.html
Dehasse, Joël 2009. Tout sur la psychologie du chien, Éd. Odile-Jacob, page 154

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